Mardi 10 novembre : à l'école tous

Nuit moyenne avec  lever vers 7h, je vais chercher quelques dollars, le soleil est déjà de plomb. Impossible de traverser la rue, même pour un parisien, il y a un flux continu de 2 roues, de Tuk Tuk et divers engins bariolés…

RDV et départ de l’auberge à 8h30 pour visite de l’école de Bayon de formation professionnelle en patisserie. Un très beau bâtiment qui accueille une vingtaine d’apprentis. Les objectifs, modes de fonctionnements et le recrutement sont un copier-coller de ceux de Sala Baï vu hier. Ils ont aussi monté un « biz social » un petit clone de Starbucks mais en plus authentique et bien meilleur. On y prend un délicieux petit déjeuner pendant que la directrice qui vient de prendre son poste (Claire) nous explique avec un peu de stress son activité. La famille Pasquier remet son trophée via fondation Natan, photos…  

Puis minibus vers l’école primaire du Bayon qui se trouve au milieu des temples d’Angkor. Là petit imprévu, il faut payer un ticket d’entrée (20 $ ce qui représente beaucoup ici…) pour visiter l’école. Ce n’est pas grave, c’est mieux qu’un temple ! L’école du Bayon est gérée par une ONG et accueille les enfants des marchands des temples d’Angkor. Le site est assez éloigné de Siem et les parents ne pourraient scolariser leurs enfants sans cette école providentielle. Une multitude d’élèves en uniforme nous accueillent dans des classes avec enseignement à l’ancienne : élèves en uniforme en rang, récitation par cœur en groupe…. On va à la cantine, lavage de mains pour les enfants et ils avalent un plateau de riz par terre. Il y a un besoin de tables pour cette cantine. On fera le même repas mais sur une table un peu plus tard. Je cause avec des bonzes dans un anglais approximatif. Cérémonie n° 2 pour la famille Pasquier avec remise de prix de son Natan bike tour, sympathique.

Cambodia is our oyster

The world is their oyster

Cantine : tous assis
La cantine des bonzes et apprentis

Dear old school
Volley Ball : sport national


Puis transfert Minibus vers Sisophon à 40 km de la frontière. Rencontre avec l’évêque de Battambang le père Enrique Figaredo. Un jésuite, dans la région depuis plus de 30 ans qui parle khmer. Il est espagnol et bien sûr parle aussi un anglais impeccable.  Un homme qui a passé sa vie à faire de l’action sociale sans velléité  missionnaire (il y a à peine 30 000 catholiques au Cambodge dont 22 000 d’origine vietnamienne). Il a monté des centres pour handicapés physiques en particulier post guerre lié aux mines. Il a traité internationalement ce problèmes de la production et de l’usage des mines (30 accidents par semaine dans les années 90).  Il nous alerte sur le nouveau problème des bombes à fragmentation qui sont en train de faire des ravages sur les populations civiles sur lieux de conflits. Il achève sa conférence avec un goodies marketing de son cru : un jésus crucifié avec une jambe en moins…

Enrique Figaredo (à gauche)

Puis bus vers le foyer et centre d’accueil d’enfant et de formation professionnelle Lataste. On revoit là tout une série de gens très sympathiques que l’on a déjà croisés à Siem (Patricia et Georges Labourier). Bon exposé sur l’activité du centre fait par Anaïs Gallo-Bragatto une jeune VSI dynamique. Puis spectacle et témoignage d’anciens élèves qui passe bien dans le groupe. Repas délicieux et simple au milieu des enfants suivi, en fin de journée, d’une boom improvisée avec les gamins. 
Un français parrain régulier d'enfants du foyer nous explique des choses très intéressantes sur la rapidité de l’évolution économique du Cambodge depuis 10 ans et sur l’intérêt d’un suivi à long terme du parrainage. Je rencontre pour la première fois Lo Chay quarante ans, issu d’une famille pauvre et rurale de 5 enfants, aujourd’hui patron opérationnel de 1001 Fontaines, ingénieur spécialisé dans l’eau ayant fait ses études à Phnom Penn et en France, où il a croisé les Labourier, un grand monde d’entraide pour un parcours improbable et extraordinaire.

Retour vers 20h30 vers la ville de Sisophon pour réunion de débrief dans un hôtel banal. Puis je rédige ces notes.
Demain lever du drapeau au foyer Lataste à 6h45…
  

Note sur la mémoire du génocide : Il semble que la génération qui a souffert du génocide perpétré par le régime khmer rouge (1975-1979) n’a pas réellement transmis sa mémoire. Le traumatisme est encore immense les survivants se sentent coupables. Il y a des difficultés et la peur d’en parler. Il y a eu peu de procès, d’anciens Khmers rouges sont toujours au commande de l’Etat. Il n’existe qu’un lieu de mémoire : le musée du S21 à Phnom Penh. Il n’y a pas d’enseignement dans les écoles. Par ailleurs la très faible reconnaissance internationale du génocide et la culpabilité en Occident d’avoir formé et soutenu le régime khmer rouge (voir par exemple cet article sur la complaisance d’ intellectuels aveugles) ne favorise pas le travail de mémoire.  Voir aussi sur ce sujet l’interview du cinéaste Rithy Panh.




La journée a été très dense, bien remplie, je suis ravi. Nous avons croisé plein d’enfants plutôt bien portants, discuté avec des profs khmers, khmers francophones plus rarement, avec les VSI de jeunes volontaires qui donnent un à deux ans de leur vie pour une ONG, des responsables francophones locaux, des tas de volontaires bénévoles d’Asie du Sud Est (philippines), l’évêque de Battambang qui parle khmer et a vécu plus de 30 ans dans la région. Bref une foule de profils que l’on ne croise pas ordinairement… Difficile de rentrer travailler et se motiver pour faire du géomarketing. Mais il faut se dire que c’est avec nos activités de tous les jours que l’on peut leur apporter un peu de soutien. 









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