Mardi 17 novembre : il est temps de partir

Petit déjeuner vers 8 h : je reste le matin à lauberge pour les mails et préparatifs de la rentrée à la maison et au travail, dans une ambiance plombée par les attentats. Lirremplaçable humour anglais est bienvenu pour soutenir les parisiens cf vidéo de 2mn  de John Oliver.

Vers midi check up : Je sors faire quelques courses au vieux marché de produits locaux : huiles « essentielles »,  poivres, mangue séchéeOn avale quelques jus de fruits et je me pose dans un café.  Retour auberge pour dernier bain piscine et retrait valises puis Tuk Tuk pour laéroport.

Cest toujours comme cela en voyage court. On a à peine le temps de sacclimater, ici il est indispensable de trouver le bon rythme et daccoutumer son corps à la chaleur, et lorsque lon est bien,  il faut rentrer

Décollage vers 22h du sol cambodgien.


Merci à la Fondation Caritas France, 
superbe expérience (JM Destrée et Y Czech)

Lundi 16 novembre : à vélo vers la cité lacustre de Chong Knies


Petit déjeuner vers 7h. Il y a un mariage dans un immeuble voisin avec un cérémonial dans la rue, cest bruyant dès le matin et très kitch avec des tonnes de cadeaux.
Je loue un vélo hollandais (2$ la journée!) et prend la route pour le lac Chong Knies point de départ pour se rendre éventuellement à Phnom Penh (7h de bateau). Le trafic a cependant beaucoup décru car la route est désormais plus rapide.

Trajet dune dizaine de kilomètres à 8 heures il fait déjà bien chaudjarrive au bout du port de pêche où je prends quelques photos de cette digue de port de pêche très active avec des conditions de travail épouvantables. Les photos ne rendront pas la forte odeur de poisson séchée et les dérapages des camions à glaces et poissons dans une gadoue endémique ; rien nest goudronné, les cabanes tiennent sur de frêles pilotis, tout est très précaire dans le métier de pêcheur.
Puis je retourne vers le débarcadère pour balades à touristes doù j’écris mon journal.

Difficiles conditions de travail des pêcheurs de Chong Knies :






Je me mets ensuite daccord avec 3 jeunes de Shanghai pour la location  dune petite barque avec moteur à arbre long et antique manette de commande pour une promenade dans la lagune, sur le lac et au travers de la cité lacustre.
Retour vers 12 heures au débarcadère. Il fait vraiment très chaud, on rêve de prendre un bon bain dans ces eaux limoneuses et poissonneuses, mais hormis quelques gamins épars, peu de monde dans leau et je nose pasIl faudrait rester plus longtemps

Retour à lhôtel vers 16 heures où je maccorde un peu de repos et regarde TV5 Monde : programmes très variés bien faits et forts regardés, notre guide des temples dhier a appris le français avec cette chaine sans jamais mettre les pieds en France


Je prends un diner seul à proximité de lauberge du Mont Royal avec délicieux jus de mangues. Les fruits sont extras ici, à consommer sans modération. Lecture (recommandations Caritas « Le Portail » de F. Bizot et la très pédagogique « brève histoire du Cambodge » de F. Ponchaut ) et coucher tôt.

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Dimanche 15 novembre : Angkor pour toujours

Lever autour de 6h. on trouve le bon rythme de sommeil avec un fan discret et sans climatisation.

Petit déjeuner à lhôtel puis départ à 8 heures en minibus accompagné de deux guides femmes qui nont pas leur langue dans leur poche. Il y a une croissance exponentielle des flux : 1 million de touristes en 2006, 4 millions aujourdhui. Tout le secteur du tourisme cambodgien dépend du site dAngkor, cest le passage obligatoire.
Les guides  sont remontées contre le gouvernement de Hun Sem,  premier ministre inamovible depuis plus de 30 ans et très vilipendé pour les problèmes de corruption, linertie des services publics en particulier pour les infrastructures, la mise en place dun pouvoir dynastique peu démocratique et laccroissement des inégalités de revenus entre Cambodgien. On ne sait pas sil sagit seulement dune information informelle destinée à tous les visiteurs étrangers et/ou si la liberté dexpression est réelle.
Le site recouvre une ville impériale qui a dominé les régions voisines du Siam (Thaïlande) et du Sham (Vietnam du sud) du 8ème au 13ème siècle. Les influences sont dabord hindouistes (temples hauts avec des accès très raides) puis bouddhistes avec un mixte religieux lors du règne de Javaraman 7. Le site est très grand, on ne se marche donc pas trop sur les pieds.

Visite du temple le plus célèbre dAngkor Wat, on y déjeune dehors dans un truc à touristes, puis visite du temple du Bayon dans Angkor Tom à lheure (trop) chaude, nous montons en haut du temple du Baphuon, temple d’influence hindou inauguré en 2011 par F. Fillon après une réhabilitation de 15 M de $. Quand on voit la masse des pierres, cela ne fait pas cher au kilo tracté à 50 mètres de hautPuis terrasse des éléphants et des Lépreux et enfin, et visite du site extraordinaire du temple de Ta Prohm : temple bouddhiste au cœur dune jungle humide, des arbres dits fromagers immenses senracinent dans les cailloux, verts de mousse, humidité et ambiance sonore de cigales, grillons et oiseau tropicaux incroyables.
Nous terminons cette journée harassés mais contents vers 18 heures. Repos puis dernier repas collectif vers 20 heures dans un restaurant simple (on mange très bien pour 5$ à Siem). Je fais mes adieux au groupe car beaucoup reprennent lavion demain et  pars faire ma sortie routard en solitaire.


Temples à gogo




Arbre "Fromager"
Ficus étouffant un fromager





Samedi 14 novembre : désolation au grand Cambodge

Cest la désolation au sein du groupe. Le mail partent et arrivent de partout pour sassurer que tout le monde va bien dans notre environnement. Nous nous réunissons tout ce samedi matin pour une très bonne réunion sur le bilan de ce voyage d’étude. Nous débutons la réunion par une prière et moment de silence à lattention des victimes parisiennes. 

Un compte-rendu a été rédigé par Caritas téléchargeable ici. Je résume rapidement ici, les 4 points de la réunion (que nous avions tous préparés par fondation en amont) :

1/ Quels points positifs et temps forts de ce voyage d’études?
Densité, diversité et en même temps grande cohérence du contenu. La sortie de mercredi vers le premier centre de 1001 fontaines en rural très reculé a vraiment marqué les esprits
2/ Quels sont les points améliorables?
Un peu moins de présentation VSI et peut être plus de moments dans les villages. Pour ma part jaurai souhaité quelques soirées libres.
3/ Quelles sont les conditions de bon fonctionnement dun groupe ?
Durée courte (5/7 jours), motivations communes, trouver le juste milieu pour les conditions de vie matérielles du groupe
4/ Quelles suites à donner, actions de soutien concrètes ?
Lidée serait de trouver un accord pour  financer à plusieurs fondations un engagement sur 3 ans. Nous allons faire circuler une grille de projets possibles et chaque fondation émettra ses souhaits. Rendez-vous fin janvier pour décider de la faisabilité.

Projets dinvestissement :
·        Contribution à la construction dun nouvel Internat à Sala Baï (250 K$, système de financement via prêt sans intérêt possible ?)
·        Station de potabilisation deau 1001 fontaines dun village 25000 $
·        Réfection de la Cuisine du foyer Lataste 3000 à 5000 $
·        Doublement des rendements de la rizière au foyer Lataste 7000$ sur 2 ans

Financement de la vie courante pour des investissements longs de modifications des comportements et conditions de vie :
·        Parrainage deau potable dans les écoles 1$ par élève par an = 600 $ par école par an
·        Cantine enfant (Bayon) 10 $ par mois par enfant
·        Formation professionnelle Sala Bai et Foyer Lataste 2000 à 2800 $ par an

Pour la Fondation Archambault, je note aussi la possibilité via 1001 fontaines de faire des parrainages d’écoles à Madagascar. 1001 fontaines a déjà installé une dizaine de stations sur la côte Nord-Est de Madagascar. La Fondation Héloise Charruau qui a une activité via leur cousin missionnaire (Constructeur dune école et dun dispensaire dans un village)  dans le Nord-Ouest pourrait aussi être partie prenante.  Madagascar est plus pauvre et na pas décollé économiquement. La corruption est endémique et le contrôle de laffectation des financements difficile (Sic, voir derniers projets FA/ASA). Le sud de Madagascar est peu sûr (brigandage)Donc le soutien des ONG est à la fois plus nécessaire et plus délicat quici

Samedi après midi libre, je ne mange pas (on a rarement faim ici) et déambule dans le vieux marché, pub street. Je minstalle pour taper mon journal en buvant un mango shake, mais un anglais assez « strange » vient immédiatement me raconter sa vie à Siem où les cambodgiens sont « gentle » tout en descendant deux bièresJarrive cependant à men défaire et jassiste à des matchs de volley ball dans un hall surchauffé ou en plein cagnard. Ballade de retour vers lhôtel. Le tout à pied, jarrive enfin à my repérer. Laccompagnement en groupe via minibus et Tuk est très déresponsabilisant pour le système dorientation géographique .


Retour Hôtel, ballade pour messe de 18h30 dans la Catholic Church sur lautre rive de la rivière. La messe en anglais valait vraiment le détour. Une intention est dite pour les victimes de Paris. Copieuse assistance, tous assis par terre en position de lotus, nombreux chants et musique daccompagnement, suivi de la messe  dans un anglais difficile à décrypter mais que lon peut suivre sur un power point, prêtres drôles et souriants, pot et gourmandises offertes à la sortie. Bref un travail danimation dune communauté très minoritaire mais très active. 

Diner avec le groupe. Demain nous avons la visite obligatoire des temples pour un tarif qui me semble exorbitant pour le pays (85$ par personne), la visite des temples est gérée par une organisation sans doute un peu trouble de diverses organisation privées et gouvernementales. Le site semble principalement réhabilité par lUnesco, une région sous perfusion touristique.

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Vendredi 13 novembre : funestes attentats parisiens dont celui du restaurant « au petit Cambodge »

Lever 6h petit déjeuner tôt seul et piscine de bonne heure (ici on se couche très tôt et la vie redémarre à 4/5 h du matin.
Minibus vers le centre daccueil pour handicapés : Arrupe Centre.
  
Le centre Arrupe

Nous sommes accueillis et pilotés par une jeune volontaire espagnole parlant anglais et khmer et présente sur le site depuis un an.
Il y a 3 évêchés au Cambodge et 30 000 catholiques dont 22 000 dorigine vietnamienne. Pour la région de Battambang, on compte 15 prêtres et 25 églises.

Histoire et géographie du lieu
Le père Enriqué Figaredo a travaillé de 1985 à 1998 dans les camps de réfugiés Cambodgien en Thaïlande.
Le terrain du centre a été racheté en 2000 par le père Enrique au retour de camps pour accueillir la population blessée de guerre et handicapée post conflit (Mines).
Ce quartier de Battambang est œcuménique avec ici des catholiques et leur église et juste à côté des musulmans et une mosquée. La vie de ces minorités semble désormais apaisée.
Le père a aussi développé une structure équivalente à Phnom Penh et bénéficie de sa longue implantation auprès des khmers, de sa connaissance de la langue et de son réseau international jésuite.

La prise en charge du handicap

Le centre est ici consacré à laccueil des handicapés : on compte encore 5 accidents par semaine sur les mines. Le Cambodge a été intégralement miné pendant les années de guerre. Les mines sont particulièrement meurtrières pour les enfants car elles ont des formes de ballons/jouets. Le centre accueille une vingtaine denfants scolarisés et une trentaine dapprentis. Les jeunes qui viennent de subir un accident ne sont pas prothésés tout de suite, il y a une période de préparation/adaptation psychologique dau moins 6 mois après laccident.

Le staff Khmer du centre est composé dune cinquantaine de personnes dont beaucoup ayant eux-mêmes un handicap et avec une bonne connaissance/expérience de la prise ne charge du trauma sur longue période. Le staff soccupe de près de 500 personnes et de leur famille qui bénéficient de ce support social.

Le centre gère aussi une activité de scolarisation primaire dans 17 villages autour de Battamgang avec prise en charge de besoins alimentaires (subvention riz) lorsque la scolarisation dun enfant coupe sa famille dun revenu indispensable. Les salaires des enseignants sont pris en charge par le centre car lEtat est souvent défaillant dans le primaire.
Il y a 3 structures collectives de base pour laccueil dans les villages ; lexistence dune école est très souvent couplée avec un dispensaire et un temple. 

Le centre a une vocation sociale exclusivement. Il ny a pas de formation religieuse pour les enfants qui sont bouddhistes. Le centre fait 500 baptêmes par an.

Une économie intégrée pour un retour à l'autonomie

Progressivement les activités socio-économiques du centre se sont diversifiées.
Une usine de textile (très moderne) donne du travail à des personnes handicapée. Lusine produit des textiles pour des groupe comme Mark& Spencer. Elle a été montée après des tests de faisabilité à Phnom Penh et  résulte dun partenariat entre un homme daffaires espagnol et l’évêché. Le centre gère aussi une activité de scolarisation primaire dans 17 villages autour de Battambang avec prise en charge des besoins alimentaires (subvention riz) lorsque la scolarisation dun enfant coupe sa famille dun revenu indispensable.   
Le centre gère des ateliers et une boutique dartisanat. Il a récemment monté dans Battambang un restaurant social (nourriture espagnole !) où nous avons fait un délicieux déjeuner : les murs du « lonely tree café » sont décorés dun même motif  photographique ; un arbre dans une rizière à diverses époques de lannée. La photographie est un des hobby de notre évêque jésuite qui, décidément, cumule les talents. Le restaurant nous sert un délicieux gaspacho et « croque monseigneur » calibré pour les estomacs européens. Beaucoup de groupes occidentaux ou australiens visitent ces réalisations : nous avons croisé un groupe français du CCFD. Cest un vrai groupement dintérêt économique tourné vers les handicapés. Lidée est dacquérir lautonomie dans une société où le handicap est très pénalisant et stigmatisé.


L’église de Battambang  avant et après Pol Pot


L’usine de textile pour handicapés

Autour de 14 h nous faisons nos adieux à Lo (1001 fontaines) qui nous a piloté ces trois derniers jours et aux VSI du centre Arrupe. Puis 3 heures de bus pour retour à Siem où nous réintégrons lAuberge du Mont Royal. Sieste et diner dans un restaurant plus chic non loin de là.


Couché autour de minuit 30,
Mais cette nuit cest un réveil particulier à 6 heures du matin, les mails arrivent en chaine avec 6 attentats simultanés de lEtat Islamique dont un particulièrement meurtrier au Bataclan et un sur la terrasse dun restaurant « au petit Cambodge ». Au total le bilan est très lourd 130 morts et des centaines de blessés. Une tuerie à laveugle par des kamikazes français téléguidés par le lavage de cerveau djihadiste de lEtat Islamique.
Il est surréaliste de se trouver ici : des fous sèment la panique dans Paris, un des plus beaux endroits du monde, un vendredi 13 en invoquant la Syrie… 
Il faudrait envoyer les candidats fragiles au djihâd en poste VSI dans une ONG rural pour une relativisation de la situation française.


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